Retour à l’ALMA MATER, trois anciens étudiants de l’ISDR-Bukavu présentent leurs recherches de master en conférence

L’institut Supérieur de Développement Rural de Bukavu a été honoré de recevoir, en date du 07 novembre 2019, trois de ses anciens étudiants pour présenter les résultats de leurs travaux de recherche effectués en Master. Il s’agit des messieurs MUGALIHYA MULUMEODERHWA Didier, BISIMWA MATABARO Lionel et BATACHOKA MASTAKI Daniel.

Conduit par le Professeur Emery Mudinga, la conférence a connue la participation des Professeurs, Chef de Travaux, Assistants et plusieurs Etudiants finalistes de Licence à l’ISDR-Bukavu.

L’objectif de ces échanges était, d’une part, de recevoir de la part de la communauté scientifique des commentaires d’amélioration de travaux des chercheurs. D’autre part, la conférence avait un caractère pédagogique car les différentes questions des étudiants finalistes ont permis aux enseignants présents et aux présentateurs de clarifier certaines notions relatives à l’écriture scientifique : normes de rédaction d’un travail scientifique, exigences méthodologiques, référencement des sources d’information, présentation orale et écrite du travail, … Voici les résultats de recherche présentés par thématique :

“Analyse du mode de gestion de la zone tampon du Parc National de Lomami en RDC”

Par MUGALIHYA MULUMEODERHWA Didier

Mugalihya Mulumeoderhwa Didier, Ancien de l’ISDR-Bukavu, 2014. Maîtrise en gestion de l’environnement et des aires protégées.

L’un des problèmes les plus cruciaux posés par les parcs nationaux de la RD Congo est celui de l’aménagement des zones tampon où les communautés des environs accèderaient aux ressources naturelles de manière règlementée, en vue de garantir leur participation dans l’effort de conservation. Le Parc National de Lomami (PNL) échappe à cette réalité, car il possède une zone tampon, encore plus vaste que sa zone centrale. Depuis longtemps, la viande d’animaux sauvages constitue l’alimentation de base et une source importante de revenus pour les populations forestières. Cependant, la chasse comme de nombreuses autres activités humaines extractives menées dans les forêts tropicales, quand elles ne sont pas règlementées, entraînent des nombreux effets indirects, qui peuvent porter atteinte à la fois aux populations d’espèces chassées au fonctionnement, à la structure et à la composition des écosystèmes. Ce travail a analysé le mode de gestion de cette zone tampon afin de mettre en exergue les contraintes liées à sa gestion d’une part et de réfléchir sur une approche capable de concilier la conservation de ressources naturelles et les intérêts des populations riveraines d’autre part. Cette analyse a été réalisée à l’aide de l’exploitation du plan d’orientation de gestion, des différents rapports et d’autres documents. La collecte de données a privilégié l’interview, les entretiens structurés et semi-structurés ainsi que les focus group. De cette analyse, il a été observé que les contraintes liées à la gestion de la zone tampon du PNL sont d’ordre opérationnel, social, institutionnel, juridique et politique. Pour ce faire, il a été suggéré que tous les acteurs, à tous les niveaux soient impliqués à la gestion de la zone tampon et un plan d’urgence d’aménagement de la zone tampon a également été reformulé. Ce plan repose sur une approche intégrée et concertée.

“Perceptions contrastées de parties prenantes sur la conservation communautaire autour du Parc National de Lomami, dans le territoire d’Opala, en RD Congo

Par BISIMWA MATABARO Lionel

Bisimwa Matabaro Lionel, Ancien de l’ISDR-Bukavu,2014. Maîtrise en gestion de la biodiversité et aménagement forestier.

Le parc national de la Lomami (PNL), créé depuis juillet 2016, est situé au centre de la RD Congo, en pleine forêt tropicale humide d’Afrique centrale. Il abrite le plus grand nombre d’espèces endémiques du pays. Pour l’ICCN, le processus de son classement est le premier à pouvoir associer les parties prenantes, conformément aux procédures de classement. Néanmoins, sa création s’est inscrite dans un contexte local caractérisé par la désarticulation du tissu socioéconomique, l’enclavement infrastructurel, l’absence des routes praticables, l’absence des structures scolaires et sanitaires acceptables et l’émergence de groupes armée. Une situation qui paralyserait les démarches de conservation communautaire autour de cette aire protégée. La littérature sur l’insertion des communautés riveraines dans le processus de sa création et de sa gestion du PNL est encore quasi-inexistantes jusqu’à ce jour. Ce travail s’est focalisé sur les perceptions de parties prenantes afin d’identifier les défis et les priorités de la conservation communautaire autour du PNL. Enfin, un modèle de gestion intégrée au contexte local autour du PNL a été développé. Pour y parvenir, la collecte des données a été réalisée par la revue documentaire, le focus group, les enquêtes ménages et les entretiens semi-structurés effectués dans quatre localités du secteur de Yawende-Loolo, en territoire d’Opala. Ce travail a révélé que les communautés locales et les gestionnaires du PNL ne trouvent pas l’unanimité dans la façon de définir les défis et les priorités de la conservation communautaire autour du PNL. D’un côté, les communautés locales identifient, pour défis, l’impasse des activités alternatives, la présence des espèces protégées dans la zone tampon, l’existence d’un conflit latent entre les parties prenantes,…et comme priorités, le développement des alternatives, le désenclavement du milieu,…De l’autre côté, les gestionnaires du PNL révèlent comme défis, l’insuffisance de moyens financiers, les habitudes alimentaires de peuples mbole…et identifient pour priorités appui de l’Etat à la lutte contre le braconnage, le renforcement des écogardes en nombre et en équipement, la mobilisation et la disponibilité de moyens financiers,…Enfin, il a été proposé un modèle de gestion intégrée qui est fondé sur le système et les acteurs regroupés dans un cadre permanant de concertation pour la conservation communautaire. 

“Défis et perspectives de l’approche conservation communautaire au Parc National de Kahuzi-Biega, en territoires de Kabare et Kalehe,  République Démocratique du Congo”

Par BATACHOKA MASTAKI Daniel

Batachoka Mastaki Daniel, Ancien de l’ISDR-Bukavu, 2104. Doctorant à la Pan African University/Université Yaoundé 2 et maîtrise en gestion de l’environnement et des aires protégées

La RD Congo renferme un réseau d’aires protégées, représentant environ 11% du territoire national, parmi lesquelles cinq font partie des sites du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, notamment le Parc National de Virunga, le Parc National de Kahuzi-Biega, le Parc National de Salonga, le Parc National de Garamba ainsi que la réserve des faunes à Okapi. Depuis la création des premières aires protégées en RD Congo, les stratégies d’interventions exclusives n’ont pas produit les effets escomptés. C’est pourquoi, il a été initié l’approche participative dans la gestion des Ressources Naturelles de ces aires protégées. Le Parc National de Kahuzi-Biega est considéré comme pionnier de cette approche de Conservation Communautaire, car, c’est effectivement en 1985 qu’elle a démarré dans ce site. Cependant,  le climat de tensions sociales et le faible ancrage de populations riveraines à la gestion de cette aire protégée oblige de remettre en question cette approche de conservation communautaire. Cette étude a visé d’identifier les défis de la mise en œuvre de la conservation communautaire du Parc National de Kahuzi-Biega afin de proposer les mécanismes pour les surmonter. La collecte de données s’est faite à travers la technique documentaire et les entretiens structurés. L’analyse sociale CLIP (Collaboration et conflits, Légitimité, Intérêts, Pouvoir) a également renforcé cette exercice.

Cette étude a permis de constater que l’agriculture est la principale activité de la population riveraine du Parc, soit 64% des enquêtés. La communauté de peuples autochtones vivant à la périphérie du Parc est dépourvue des terres agricoles et dépendent des ressources naturelles du Parc. La croissance démographique est une réalité dans les zones périphériques du Parc National de Kahuzi-Biega. Autrement dit, la composition de 80% de ménages est supérieure à six personnes. L’approche de « conservation communautaire » durable et consensuelle entre toutes les parties prenantes, l’amélioration de la gestion intégrée à l’écotourisme et la mise en place des zones tampons juridiques et fonctionnelles sont parmi les solutions pour surmonter les menaces sur la biodiversité du Parc National de Kahuzi-Biega.